Un appel signé par 75 prix Nobel demande à la Communauté internationale d’agir pour mettre fin aux souffrances des civils congolais dans l’Est de la RDC riche en minerais. Mais ils ont peu de chances d’être entendus, dans un monde fracturé, dans lequel existe, de fait, une hiérarchie des conflits.
La liste des signataires est impressionnante : 75 Prix Nobel de toutes les nationalités et de toutes les disciplines, de la chimie à la littérature en passant par la médecine et la paix. Ce qui les réunit ? Un conflit dont on parle très peu, mais qui provoque des souffrances immenses pour des millions de civils : dans l’est de la République démocratique du Congo.
Ces 75 prix Nobel ont signé un appel, publié hier dans « Le Monde », à la Communauté internationale « qui se doit d’agir pour mettre fin aux souffrances du peuple congolais ». Cet appel a été lancé à l’initiative du Docteur Denis Mukwege, lui-même prix Nobel de la paix en 2018 pour son action dans l’Est de la RDC auprès des femmes victimes de viols devenus une arme de guerre.
« Il faut mettre fin à la tragédie congolaise, écrivent-ils : trois décennies de conflits armés, de guerres répétées, de catastrophes humanitaires et de violations systématiques des droits humains et du droit international ». L’appel évalue à six millions, vous avez bien entendu, six millions, le nombre de morts en trois décennies, le conflit le plus meurtrier depuis la Seconde guerre mondiale.
Et pourtant, comme le relèvent les signataires, tout cela se passe « dans un silence mondial persistant »
Nous sommes dans une région immensément riche en minerais stratégiques, située dans un pays à l’histoire martyrisée : depuis la brutalité de l’époque coloniale belge jusqu’à nos jours, en passant par l’assassinat de son premier dirigeant, Patrice Lumumba, la dictature de Mobutu quand le pays s’appelait Zaïre, et un État prédateur et largement failli pour la majeure partie de son histoire récente.
Dans l’Est du pays, aux confins de l’Ouganda, du Rwanda et du Burundi, s’entremêlent rivalités ethniques et nationales, main-basse sur les richesses du sous-sol, et mépris pour la vie humaine. Ces derniers mois, un mouvement rebelle, le M23, armé et encadré par le Rwanda de Paul Kagamé, a repris son offensive et capturé des pans entiers de la région, dont Goma, une ville de deux millions d’habitants, accroissant le nombre de déplacés et de réfugiés.
L’appel des prix Nobel n’a, hélas, pas la moindre chance d’être entendu, car il s’adresse à une « Communauté internationale » qui n’existe plus. Et même quand les Nations Unies avaient un peu plus de poids, elles avaient monté en RDC leur plus grande opération qui s’est conclue par un échec. L’Afrique elle-même a tenté des médiations, mais elle est aussi divisée sur le sujet, et n’a pas réussi à agir efficacement.
L’appel des prix Nobel déplore l’absence de réactions internationales à la présence du Rwanda sur le sol congolais, qu’il compare à celle de la Russie en Ukraine. Le texte parle de « deux poids deux mesures », une expression qui était jusqu’ici surtout employée à propos du conflit israélo-palestinien.
Il y a bel et bien une hiérarchie des conflits dans le monde, aussi bien dans le traitement médiatique que dans les réactions des grandes et moins grandes puissances. Le dérèglement du monde aggrave cette situation, aux dépens de millions de civils.
Et pourtant, l’appel des prix Nobel rappelle que les minerais du Congo sont dans nos téléphones portables. Il se conclut par ces mots : « Nous avons tous un bout du Congo dans nos poches. Donc une responsabilité. »
Source : france inter